[PF] Les langues vivantes dans Pathfinder

Où Mucius aborde les langues vivantes dans D&D 3.5 et Pathfinder, comment elles fonctionnent et pourquoi, et comment elles devraient ou pourraient fonctionner…


Bon, je me suis peut-être mal exprimé… Dans le chapeau, j’ai peut-être sous-entendu qu’il y avait un problème avec les langues à D&D 3.5 et Pathfinder. C’est un peu vrai, mais le système n’est pas cassé non plus… Justement, quel est-il, ce système ?

Eh bien, dans D&D 3.5 et Pathfinder comme dans la vie, les gens s’expriment grâce au langage.

Chaque race a sa propre langue, dite “raciale” (telle l’elfique, le nain, le gnome…), sauf les humains. Il existe aussi une lingua franca, le Commun, que presque toute le monde parle dans le jeu. Chaque personnage commence le jeu comprenant au moins une langue (le Commun, donc), et/ou la langue de sa race, à l’exception notable des druides qui parlent en plus leur langage secret et des magiciens qui parlent le Draconique (la langue de la magie, et celle des dragons).

Chaque personnage a la possibilité de choisir de parler une langue supplémentaire au choix, en accord avec son MJ, pour chaque point de son bonus d’Intelligence. Par la suite, pour apprendre une langue, il “sufit” de dépenser les points de compétences qui vont bien, à raison d’un rang dans la compétence “Langues” par nouvelle langue parlée… Soit 2 points dans D&D 3.5 (c’est une compétence hors-classe) et 1 point dans Pathfinder.

Les langues qu’il est possible d’apprendre sont bien souvent des langues “raciales” (il y en a une par race ou type de créature, comme le Sylvestre pour les sylvaniens, l’Igné pour les élémentaires de feu, l’orque pour les peaux-vertes, l’Infernal pour les démons…). Je préfère pour ma part le système de Pathfinder, les points de compétences se faisant souvent rares dans ce jeu lorsqu’on n’est pas un Roublard… Mais chacun voit midi à sa porte, et voilà en tout cas la présentation de la lettre de la règle.

Quant à son esprit, les concepteurs du jeu ont justifié l’existence de ces “langues raciales” et du “commun” de diverses manières, mais elles existent surtout pour des raisons de fluidité : La barrière des langues et le choc des cultures, bien que très intéressants à jouer, ne font pas partie des préoccupations majeures ou du thème de Donjons et Dragons… pour simplifier et passer directement au poutrage de streum, on dit que tous les humains parlent la même langue, et les orques aussi, et voilà.

Et, comme je l’ai dit, les points de compétences sont suffisamment rares comme ça sans qu’on veuille les dépenser en langues.

Au fil des suppléments, beaucoup d’univers de campagnes, même officiels, ont eu une approche plus réaliste, multipliant les langues régionales… Cette particularité des dialectes étant, cependant, et pour une raison inconnue, souvent réservée aux humains. Dans Féérune, le monde des Royaumes Oubliés, non seulement les langues régionales sont légion, mais on propose des dons liés aux dites régions. Sur Krynn, le monde de LanceDragon, les elfes ont plusieurs langages selon leurs “sous-races”.

Certes, tous les choix se valent… Surtout dans un univers fantastique, et surtout quand on souhaite simplifier grandement les interactions sociales dans le jeu en ne mettant pas trop d’obstacles aux voyages des PJ. Il n’en reste pas moins que tout cela est complètement invraisemblable, n’est-ce pas ?

Pourquoi les différentes races n’auraient-elles qu’une seule langue, une seule culture, quelle que soit leur répartition géographique ? On peut certes justifier que de nombreuses races non-humaines, à longue vie, possèderaient un langage qui évolue peu par rapport aux langues humaines, mais cela n’explique pas comment des communautés de nains vivant dans des montagnes différentes, séparées depuis des millénaires, n’ont même pas développé un patois !

Par ailleurs, même si l’on conçoit aisément que des races fantastiques aient leur propre royaume et leur propre culture, laquelle peut survivre même au sein des communautés humaines ou cosmopolites, pourquoi les elfes, nains et compagnie nés dans un royaume humain, acclimatés à celui-ci en tant que sujets de ce royaume, ne connaîtraient-ils pas la langue de ce pays ? Je dirai même plus, à moins d’une communauté très fermée, leur langue “culturelle” serait sans doute une deuxième langue.

C’est ce qui arrive avec le Yiddish (même si le qualifier de langue “raciale” serait justement raciste, c’est cependant un bon exemple de langage “ghettoïsé” qui n’appartient qu’à une seule communauté) première langue d’une communauté repliée sur elle-même, et deuxième langue de juifs moins intégristes, dont certains mots sont d’ailleurs passés dans l’anglais-américain courant et sont utilisés par des gens qui n’ont aucun lien avec la communauté juive.

Par ailleurs, le commun a bon dos. Même si le rêve d’un langage universel est une belle aspiration, la société médiévale est peu dotée en termes de moyens de communications… Le fait que le pidgin english (un genre d’anglais prononcé à l’asiatique mâtiné d’espagnol et de chinois), de nos jours, soit un prétendant à ce rôle, comme le chinois, l’espagnol, l’anglais ou l’espéranto, n’en fait ni une langue “pratique”, ni une langue universellement parlée.

Au moyen-âge, ce qui se rapprochait le plus de la “lingua franca”, c’était le latin : une langue fixe, morte, classique, que tous les lettrés parlaient, et qui servait au clergé (l’une des seules institutions de l’époque capable de traverser les frontières). En dehors de cela, il n’y avait point même de langue officielle, chaque petite région avait son dialecte… Même la langue d’Oc, par exemple, n’était pas universellement comprise de la même manière dans toutes les régions du sud de la France !

Même aujourd’hui, alors que nous disposons d’outils de communication sans précédent dans l’Histoire du monde, nous ne pouvons nous mettre d’accord sur une langue universelle… Même en France, vous seriez surpris du peu de gens qui parlent anglais ! Au mieux, beaucoup comprennent (mal) un vocabulaire de moins de cent mots en anglais parce qu’ils sont versés dans l’utilisation d’Internet… Et encore. Et c’est parce que nous vivons dans un pays industrialisé !

On le voit, la “langue commune” des jeux de rôles n’est qu’un raccourci coupable. Même si une telle chose existait, elle ne pourrait servir qu’à échanger des informations de base, du genre :

– 4 boeufs ? moi 4 boeufs, toi 20 moutons ? – Pas bon, pas bon ! 10 moutons ! – Bon ! Boeufs  bon ! Toi voir ! – Pas bon : boeufs malades ! 12 moutons… moi nourrir famille ! – Pas malade, pas malade ! 18 moutons : faveur client. – 16 moutons, dernier prix ! – 16 moutons, mais moi choisir les bêtes ! – Tope-là.

Quiconque voudrait discuter philosophie avec un tel langage, ou même avoir une conversation réelle, en serait pour ses frais. C’est ainsi que je vois le “Commun” dans un univers médiéval fantastique un tant soit peu réaliste… Une langue qui recouvre plusieurs régions (mais pas toutes, loin s’en faut !), disons plusieurs royaumes qui ont l’habitude de commercer ensemble, et qui ne peut pas servir à grand-chose en dehors de ça. A chacun d’apprendre la langue du pays où il se rend.

Je dis ça, mais dans mon univers de jeu, je fais plus ou moins comme tout le monde : on parle le commun et cela sert pour les conversations, pour des raisons de simplification. J’ai rajouté des langues régionales, y compris pour les races non-humaines, en plus des autres langues, mais je n’ai pas poussé à fond la molette du réalisme… Parce que c’est un jeu fantastique, parce que je veux aussi jouer sur ce cliché, et parce que c’est beaucoup plus simple.

Certes, je fais des concessions : Un background bien écrit peut me faire donner au personnage des langues supplémentaires qu’il serait logique qu’il connaisse, parce que je privilégie le rôle et non les règles… A chacun de faire comme il le souhaite. J’ai aussi testé un système plus réaliste d’apprentissage des langues : Pas de compétence, seulement les langues connues ou non par le PJ. Qui veut en apprendre une doit se trouver un professeur et y passer quelques mois.

Cela fonctionne aussi bien… Tout peut fonctionner aussi bien, tant que les joueurs sont d’accord ! A chacun de voir en fonction du degré de complexité qu’il souhaite, à chacun de voir s’il a besoin d’une règle pour les langues ou pas… Quoi qu’il en soit, il convient au bon MJ d’avoir conscience de tout cela lorsqu’il conçoit ou fait jouer son monde de campagne.

Un autre jour, nous reviendrons sans aucun doute sur les langages secrets, la langue de la magie, les langues anciennes et autres codes.

 

Leave a Comment


NOTE - You can use these HTML tags and attributes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>